Appel à projets

Quel apport des Humanités aux débats et mobilisations autour du climat ?

Le climat est aujourd’hui devenu non seulement un motif médiatique récurrent mais aussi une cause politique importante. L’heure ne semble plus être aux débats d’experts, la question est désormais sociale et elle caractérise notre moment historique ; bien au-delà de l’environnement, elle interroge le mode de développement et par là les choix posés durant les Trente Glorieuses, autant qu’elle nous engage à notre tour, non sans craintes, dans le présent et pour l’avenir.

En ce sens, elle participe aussi de la culture en générant des discours, des représentations, des comportements et de l’agir qui viennent refaçonner ce que nous envisageons comme culturel. En bref, cette question nous oblige à dire clairement ce que les Humanités peuvent apporter à la compréhension et à l’action sur ce terrain trop longtemps laissé aux Sciences et Techniques.

Conçue comme telle, la problématique du climat, étendue aux mobilisations de défense de l’environnement, constitue un objet transversal susceptible d’intéresser les membres de l’Unité de Recherche Traverses. L’UR pourrait par là s’inscrire dans le monde social, et cela sans rien renier de ses exigences scientifiques et disciplinaires.

En s’emparant d’une telle question, Traverses pourrait devenir un opérateur de formation, une plateforme, qui permettrait des passerelles avec l’enseignement secondaire (« formation des maîtres ») et les Hautes Écoles. L’UR pourrait même envisager la création de certifications au niveau facultaire.

Parmi les multiples et riches approches, évoquées ici à titre illustratif, dans lesquelles pourraient s’inscrire les activités qu’il serait possible de développer dans un avenir proche, pointons :

Des enjeux disciplinaires

Comment la littérature, le théâtre, le cinéma, les arts plastiques contribuent-ils à faire exister le motif du climat, en diachronie et en synchronie (historicisation et comparatisme) ?

Quels inventaire et analyse des conceptions et des dénominations (climat, environnement, planète, terre…) peuvent être générés ? Quelles sont les stratégies de dénomination ?

Quels sont les régimes de vérité à l’œuvre dans les discours sociaux et scientifiques mobilisés autour de la question climatique ? Comment analyser et critiquer les productions médiatiques ?

Quel est aujourd’hui l’état de l’outillage critique de nos disciplines quant à l’intervention sociale ? En quoi nos disciplines peuvent-elles faire valoir des arguments, voire modifier la manière d’appréhender le débat ?

Des enjeux liés aux conditions du travail intellectuel

Comment nos conditions très matérielles de recherche et de production des savoirs sont-elles affectées par des questions comme celle des ressources et comment affectent-elles ces questions ? Comment relier « l’angoisse climatique » aux pratiques quotidiennes des chercheurs (déplacements lointains de colloque en colloque, usage des dispositifs numériques…) ? Comment, en ce sens, analyser voire transformer les logiques structurelles sur lesquelles reposent ces pratiques (évaluations des activités scientifiques, accélération des temporalités, productivisme scientifique…) ?

La problématique du climat fournit un objet largement articulé à l’actualité. Il ne peut toutefois s’agir pour nos disciplines d’un choix opportuniste et d’une médiatisation à bon compte. À l’heure où beaucoup de formes d’évaluation et de placement dans le monde universitaire reposent sur des questions de visibilité, il paraît important d’avoir, collectivement, l’ambition de fonctionner différemment. En profitant des dispositifs à mettre en place pour cette recherche, il serait possible de promouvoir des démarches, des manières de percevoir et de penser qui réhabilitent et légitiment d’autres valeurs liées à la temporalité ; au travail collectif ; à la pédagogie (création de nouvelles formes de relations avec les étudiants ou densification de celles-ci) ; à la « rentabilité » de la recherche scientifique ; à l’inscription de celle-ci dans la société… 

L’UR Traverses invite ses chercheurs à formuler des propositions d’activités qui pourraient participer de diverses manières à ce programme. Il est possible d’y inscrire des activités déjà prévues qui ont une intersection avec cette thématique ou d’organiser des ateliers, des séminaires, des conférences etc.

Au terme de ce programme, l’UR organisera un colloque international (à l’automne 2021) qui permettra de rendre un écho et une convergence aux différentes activités proposées par les centres ou par des membres.

Les projets sont à déposer au fil de l’eau et selon les modalités habituelles.

Cet appel est ouvert aux réseaux de chercheurs liés à Traverses (Intersections, Feminist Gender Lab, Liège Game Lab…) et aux étudiants en association avec un chercheur de Traverses.

 

Grégory Cormann

Nancy Delhalle

Eric Geerkens

François Provenzano

 

Septembre 2019

 

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