Appel à contribution

Envisager l’après à partir du cancer et de ses ruines

Appel à contribution pour le colloque du 11 et 12 mai 2026



imgActu
©️ ULiège

« Aujourd’hui, le cancer est le mal qui s’installe sans frapper. » Ainsi s’exprime Susan Sontag dans Illness as Metaphor (1978). Le travail de la philosophe vise à dépouiller l’imaginaire collectif des métaphores qui condamnent l’existence et l’énonciation de la personne malade à une époque où le cancer est « synonyme de mort », éveillant les peurs de contamination et de dissolution de l’ordre social. Depuis la parution de cet essai fondateur, force est de constater que les paradigmes médicaux ont changé, que les conceptions sociales du cancer ont évolué, et que le langage pour dire les tumeurs s’est multiplié, notamment dans nombre d’autopathographies contemporaines (A. Boyer, L. Giraudon, J. Hyvrard, etc.). Du côté de la philosophie, des voix pensent le cancer moins comme une finalité que comme une épreuve existentielle (C. Marin), une expérience de métamorphoses qui ouvre aux autres formes de vie et de non-vie.

Cette leçon sur l’être, au prisme du cancer et de ses transformations structurelles, nous invite à nous demander ce que nous pouvons et devons faire de l’après : après Sontag ; après la pandémie liée à la COVID-19 ; après le diagnostic d’une maladie grave où les soins proposés sont souvent mus par une « efficacité thérapeutique » qui prolonge la vie (Marin, 2013) ; et après la traversée du cancer où la mutation s’érige comme norme de vie au coeur de désastres écologiques. En effet, il nous semble que les exigences politiques, sociales, économiques et écologiques actuelles appellent une attitude sensible à la complexité tantôt créative tantôt dévastatrice du vivant ; une attitude qui reconnaît sa précarité essentielle et sa non-immunité face au futur.

Avant d’être un marqueur temporel dans son usage actuel, « après », du bas latin ad pressum, était formé de à et de serré, pressé. Ce sens de la proximité – de l’imminence – nous inspire une réflexion sur nos façons de cohabiter, de répondre d’autrui, ici et maintenant. Dans ce présent de risques et de pronostics (Jurecic, 2012), comment penser l’extinction du vivant ? Dans ce contexte de crises plurielles et de leurs impacts sur la santé, où les cancers sont en expansion, comment accompagner aujourd’hui ?

L’après sous le signe du cancer : mutations planétaires et corporelles

Tel que l’avance timidement Sontag, la question du cancer, longtemps appréhendé comme un combat individuel, est aussi celle du marquage de l’environnement naturel, tout comme culturel. En 1962, la biologiste Rachel Carson, qui décède deux ans plus tard d’un cancer du sein, publie Silent Spring, un ouvrage qui tisse déjà d’étroits liens entre le vivant, sa disparition et l’usage de polluants. À sa suite, la biologiste Sandra Steingraber, survivante d’un cancer de la vessie, défend que « [n]os corps sont des parchemins vivants » de « notre exposition aux contaminations » ancrées dans l’air, l’eau, le sol. Sans référer à des causes endopsychiques, il est question de la part historique dans la biologie ; de la part de commun dans toute anatomie, ce qui persiste du dehors une fois celui-ci gravé dans nos organes, tissus, os, nerfs, cellules, globules. Qu’est-ce qui donc s’imprime en nous, sur nous, et qui raconte une histoire non linéaire des temps, une histoire de corps contenus dans d’autres corps, à l’intérieur de systèmes plus vastes ? Quels récits s’écrivent depuis et avec les corps malades ? Et après, auprès, d’eux ?

Les formes de l’après : dégradation environnementale et sociale

Aujourd’hui, en Belgique comme au Québec, les politiques d’austérité, en faveur de la privatisation des droits fondamentaux comme se faire soigner et de la réintégration précoce sur le marché du travail de personnes en arrêt maladie, produisent davantage de corps malades au présent des violences qui les sculptent. L’après de la maladie est confisqué et nié dans ce retour aux conditions anciennes d’existence. Ces législations, qui affectent le vécu de la rémission et de la potentielle guérison, ont pour fondement un monde qui priorise le rendement sur la santé, de même envergure que les lois qui proposent de réintroduire l’usage de substances cancérigènes, pesticides et insecticides nocifs pour la biodiversité.

La question de l’après, c’est ainsi penser l’incurabilité du cancer ou sa guérison postposée, voire entravée par son milieu de vie. Lorsque la guérison mène à un après indéfini, où commence et se termine la maladie ? Où commencent et finissent les soins ? Prenons le cas d’une personne abîmée par des chirurgies. Une fois sortie du parcours médical, elle doit encore exister en société, tout en demeurant dans l’après-coup du cancer. Elle continue peut-être d’expérimenter des symptômes douloureux et porte la trace visible d’une réparation qui lui sauve la vie. Mais est-ce que cette trace contient le paradoxe de remettre au monde la personne tout en la fragilisant dans des sphères (intimes, professionnelles, etc.) où être malade, avoir l’air malade, est un problème ?

Ce colloque est l’occasion d’envisager d’autres après qui soient sensibles à l’expression de corps vivants et mourants toujours entremêlés à d’autres. Quels sont les imaginaires actuels du cancer ? Comment conjuguer le soin des individus et celui des populations ? Comment penser les limites spatiales et temporelles du cancer si nous sommes constamment traversé·es par des environnements dévastés et dévastateurs ? Quels sont les soins de demain ? Comment penser et pratiquer la restitution du soi lorsque ce dernier compose avec la métamorphose ? Est-ce que ce devenir-malade – et celui de tout vivant – a pour condition la désintégration (Shildrick, 2010), ou encore le « changement perpétuel de substance » (Grosz, 2011) ? Qu’advient-il de ces propositions une fois saisies à la lumière du contemporain et de ses bouleversements ?

Calendrier

Date de tombée pour la soumission des propositions : 15 décembre 2025.
Communication des propositions retenues : janvier 2026.
Colloque : 11 et 12 mai 2026.

Comité scientifique

Jennifer Bélanger, postdoctorante, Université de Liège.
Florine Bragagnolo, doctorante, Université de Liège.
Léonore Brassard, professeure, Université du Québec à Trois-Rivières.
Florence Caeymaex, professeure, Université de Liège.
Marie-Chantal Fortin, médecin & professeure, CHUM & Université de Montréal.
Nathalie Grandjean, professeure, Université catholique de Louvain.

Organisation

Jennifer Bélanger, postdoctorante, Université de Liège.
Florine Bragagnolo, doctorante, Université de Liège.

 

Pour consulter les modalités de soumission des propositions, les axes non exhaustifs de réflexion et la bibliographie, merci de vous rendre sur FABULA.

 

Appel à contribution complet (PDF)

Publié le

Partagez cette news

cookieImage